Révolution mode d'emplois
Resume
1) Introduction
Récemment j’ai lu ce livre : Comment faire tomber un dictateur quand on est seul, tout petit, et sans armes
En gros c’est un livre écrit par un étudiant apolitique qui s’est retrouvé suite à un enchaînement de circonstance à être l’un des dirigeants du mouvement qui au début des années 2000 fera tomber le dictateur de Serbie Milosevic (ce que les bombes de l’OTAN n’avaient pas réussi à faire). Ensuite fort de sa renommée il va aider/conseiller d’autre mouvement contestataire à travers le monde et notamment ceux qui en Égypte renverseront Hosni Moubarak suite au printemps arabes dans les années 2010.
Dans ce livre à partir de ses expériences, de ses connaissances d’autre mouvement similaire en Europe de l’Est et aux USA, il essaye de faire l’inventaire de ce qu’il faut faire et ne faut pas faire pour créer un mouvement social victorieux au 21 iéme siècle.
Alors ce livre à des tonnes de défaut ou de choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord.
Par exemple même s’il le sous-entend vers la fin du livre, j’aimerais qu’il insiste plus sur le fait que ses préconisations sont valables pour lutter dans les sociétés actuelles mais que ce n’était pas le cas dans le passé et pas forcement le cas dans le futur. Lorsqu’il défend l’intérêt de la non-violence il ressort les statistiques montrant que les mouvements non-violents ont une plus grande probabilité de réussite mais en faisant cela il confond corrélation et causalité. Le choix de la non-violence en est rarement un. La plupart des mouvements ne sont pas issu d’une longue préparation par des organisations, soutenu par l’étranger mais des révoltes spontanée donc le niveau de violence est déterminé par le niveau de repression. En conséquence les mouvements non violent apparaisse dans les pays ou la répression est la plus faible et donc où il est plus facile de gagner.
En conséquence conclure à partir de ses statistiques que la non-violence est plus efficace que la violence c’est aller vite en besogne. C’est peut-être vrai mais la démonstration est insuffisante à mes yeux. Sans compter que l’on pourrait aussi questionner la nature même de la différentiation entre non-violence et violence. Ce qui est violent pour les uns ne l’est pas pour d’autre. D’ailleurs je suis prêt à parier que son mouvement était qualifié de violent voir même terroriste par Milosevic. Souvent les mouvements ne sont qualités de non-violent que s’il réussisse et cela indépendamment de leur mode d’action. Et puis ses mouvements non-violents oublient souvent de mentionner qu’il n’était pas tout seul. Souvent la réussite des mouvements non violent n’a lieu que grâce à de plus petit mouvement violent qui sont effacés de l’histoire (mais pour l’auteur du livre les mouvements non-violents réussisse malgré et non grâce à la minorité de mouvement violent ce qui est un point de vue qui se défend)
Je trouve aussi certaine de ses préconisations très douteuse comme le fait de dénoncer les ‘black-block’ qui ferait du grabuge dans les manifestations pacifiques. Ça et d’autre petite remarque dans le bouquin montre que c’est clairement un social démocrate qui serait plus çà l’aise à EELV qu’au NPA. Pour lui Hugo Chavez, ça va déjà beaucoup trop loin.
Mais malgré ses petits défauts je trouve que c’est vraiment un livre génial qui donne plein d’idée. Je ne vais pas vous résumer ce livre, mais vous donner les leçons que j’en tire (certaines vont à l’encontre de ce que l’auteur préconise)
2) Oublié les gréve, les manifestations, les syndicats et les partit politiques traditionnel
Pour commencer ce livre et mon expérience personnelle m’ont amen à la conclusion très dérangeante pour quelqu’un comme moi qui baigne depuis des années dans la culture et les organisations de gauche comme la CGT ou la LFI : les moyens et les organisations de lutte traditionnel sont complètement inefficaces. Attention si les gens rejoignaient massivement la CGT ou n’importe quelle autres syndicats je suis sûr que ce serait efficace.
Malheureusement personne ne veut rejoindre les syndicats et je ne vois pas comment on pourrait inverser la vapeur. Et c’est pareil pour les parties sauf qu’en plus là je comprends très bien pourquoi les gens ne veulent pas les rejoindre vu que moi-même j’ai souvent eu envie de claquer la porte et de ne jamais revenir. Le résultat c’est qu’au niveau local, les partit ou les syndicats c’est souvent 5 personne complètement isolé qui pour se consoler de leur impuissance à faire quoi que se soit se plaigne toute la journée d’à quel point les gens sont cons avant d’aller faire une distribution de tract de manière ritualisée en ayant pas vraiment d’espoir que ça serve à quelque chose.
Dans ses conditions comment peut ton reprocher aux gens de ne pas venir à nos réunions à rallonges (et je ne parle même pas des autres problèmes comme l’omniprésence des profs et d’une certaine façon de se comporter dans les milieux militant qui peuvent vitre rebuter la plupart des gens).
Et quand par miracle on arrive à mobiliser les masse alors c’est pour des modes d’actions qui ont prouvé leur inefiofcacité. Au niveau local la gréve est un moyen très efficace lorsqu’elle est bien menée et massivement suivis par les salariés. C’est quelque chose d’extraordinairement difficile à faire mais dès qu’on y arrive en général les patrons cède. Mais au niveau national maintenant c’est un mode d’action parfaitement attendu et qu’ils savent très bien contrer. Et pareille pour les manifestations qu’elle soit pacifique ou violente.
Nos gouvernements ont tout l’appareillage médiatique et policier pour transformer la plus pacifique des manifestations en un mouvement de casseur ultraviolent affilié à l’état islamique. Et dès le moment ou tu es considéré comme violent alors tu te coupes du reste de la population et le gouvernement pourra t’écraser sans grande difficulté avec sa police sur-équipé. Et pour les grèves au niveau national c’est devenu maintenant totalement impossible à mettre en place. Les seules grèves qu’il est possible de faire c’est dans des secteurs très localisés et nos dirigeants peuvent faire face aux coûts de ses mobilisations plus longtemps que ses salariés ne peuvent se passer de sallaire. Ses mobilisations les embêtent mais rarement au point de les contraindre à renoncer à leur projet.
Ce qu’il faut c’est créer une série de nouveau mouvement de masse visant à rassembler le plus de monde possible. Et pour cela il faut que ses mouvements respectent 4 critères suivant.
3) appel à des actions accessibles à tous
Le problème du mouvement Occupy Wall Street, de Nuit debout et dans une moindre mesure des gilets jaunes, c’est qu’il n’a jamais réussi à s’étendre à une grande partie de la population. Et l’une des grandes raisons, c’est qu’ils se sont concentrés sur un seul mode d’action qui n’était pas accessible à tous. Pour occuper une place, il faut habiter en centre-ville. Ce qui a exclu d’emblée une grande partie de la population des mouvements Occupy Wall Street. D’ailleurs, le nom était mal choisi car il donnait d’emblée l’impression que c’était la seule manière de participer. Il aurait fallu qu’il s’appelle par exemple les 99 %. Et les gilets jaunes, en se concentrant dès la deuxième semaine sur des manifestations dans les grandes villes et des confrontations directes avec la police, ont empêché d’autres personnes de venir les rejoindre. Il aurait fallu qu’ils restent sur les ronds-points plus longtemps et qu’ils prennent le temps de grossir et de se structurer avant de tenter d’aller défiler. Je sais que c’est facile à dire après coup, mais je ne dis pas ça pour critiquer mais pour savoir ce qu’il faudra faire la prochaine fois.
4) mode d’action faisant appel à l’humour
Au-delà des appels à des actions accessibles à tous, il faut aussi faire des actions peut-être moins accessibles mais qui utilisent l’humour pour faire passer un message ou ridiculiser l’autorité que l’on combat. En effet, bien souvent les gouvernements sont impuissants face aux actions utilisant l’humour.
Par exemple, dans la Pologne communiste, des opposants au régime à qui on avait interdit de faire grève ont décidé de remplacer leur appel à la grève par un appel à une manifestation en l’honneur du gouvernement et ils ont demandé à leurs membres de s’habiller intégralement en rouge. Résultat : une manif très drôle qui allait tellement loin dans la promotion du gouvernement que tout le monde y voyait une satire. Mais comme c’était en son honneur, le gouvernement soviétique se voyait mal la réprimer.
Et en Sibérie, sous le régime de Moscou, un syndicat interdit de manifester a organisé une manifestation de jouets. Ils ont demandé à tout le monde d’apporter un jouet de leur enfant et de le mettre dans la rue avec des pancartes rigolotes : résultat, la police a passé la journée à ramasser des jouets et a eu l’air très idiote et le message est passé quand même.
Bon, comme je l’ai dit plus tôt, les manifestations ce n’est pas forcément ultra efficace, mais je trouve que ce sont des exemples inspirants de comment utiliser l’humour pour contourner la répression et ridiculiser l’autorité (ce qui ne fait jamais de mal quand elle se maintient au pouvoir en vantant sa supériorité ou en provoquant la peur).
5) identité facilement reconnaissable et la plus large possible
C’est con mais le marketing est important. Il est primordial de choisir avec soin des images, un nom et des slogans qui soient à la fois facilement reconnaissables et que tout le monde pourra reprendre à son compte sans risquer que ce soit mal vu. Les gilets jaunes ont eu les gilets jaunes : tout le monde en avait un et on ne risquait pas grand-chose à se balader avec un gilet jaune et c’est très reconnaissable.
6) revendication simple et gagnable
il faut oublier les grands corpus théoriques et les grandes idées du style l’égalité ou la liberté (du moins au début). Il faut aussi oublier les grandes revendications lointaines comme la collectivisation des moyens de production ou l’égalité devant l’impôt (c’est triste que ce soit devenu une revendication lointaine).
Il faut commencer par essayer de créer un mouvement pour obtenir quelque chose de simple à obtenir, qui paraît trivial, qui impacte tout le monde et surtout qui soit gagnable. Ce n’est qu’après plusieurs années à enchaîner les victoires et à convaincre les gens à faire des actions, à se parler et à se rencontrer que vous pourrez vous lancer dans des revendications plus importantes.
Occupy Wall Street a eu tort de tout de suite tenir un discours très à gauche et de s’en prendre directement aux puissants. Il aurait dû demander quelque chose de plus accessible et de plus rassembleur comme une baisse du prix des médicaments.
Par contre, les gilets jaunes, en se concentrant sur les taxes sur le carburant, ont fait exactement ce qu’il fallait. La plupart des Français (même ceux de droite) détestent les taxes et sont d’accord pour dire que le prix de l’essence est trop cher.
Et c’était quelque chose qui semblait atteignable. Grâce à cette revendication simple et atteignable, ils ont pu rassembler un grand nombre de personnes différentes qui ne se seraient jamais impliquées dans un mouvement de gauche traditionnelle. Et au début, leur mode d’action respectait la plupart des conseils précédents (notamment le mode d’action très accessible). Et à force de s’impliquer et de discuter très vite, ils se sont radicalisés et ont eu des mots d’ordre plus généralistes.
Il ne faut pas voir le fait de se concentrer sur une seule revendication triviale comme un renoncement aux grandes idées mais comme une étape nécessaire. Avant de courir, il faut apprendre à marcher. Avant de demander le communisme, il faut d’abord demander la non-fermeture du bureau de poste.
Encore une fois, il faut commencer par quelque chose de petit et qui concerne les gens. Ce dernier conseil est sans doute le plus important si on veut espérer mobiliser les masses.